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Écouter quelques MELOHAI

Chaque extrait part d’une histoire. On écrit les paroles. Puis on les met en chanson.

Écoute le rendu, puis ouvre les paroles : c’est là que tu vois le vrai travail.

Anniversaire & Fête

Steven & Revanui, ni dans le verre ni dans la vie

OFFERT PAR : ses amis, pour son anniversaire. BRIEF : Pour Steven, son crâne saté, son Ricard, Arue, le Cambodge, les fromages et Revanui jamais loin. À METTRE EN PAROLES : un portrait drôle et tendre, entre comptoir, excès, silences, générosité et grande pudeur. STYLE MUSICAL : ukulélé, esprit bistro avec un fond touchant.

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COUPLET 1
Il s’appelle Steven, le crâne bien saté.
Si lisse qu’au comptoir on s’y voit deux fois.
Une fois dans le miroir, une fois dans son verre,
et les deux te disent pareil : reste, on boit une dernière.
Son dôme attrape toute la lumière du bar.
Quand il lève le Ricard, la terrasse s’éclaire.
On croit que c’est le soleil, c’est juste Steven
qui expose son organe luisant.

REFRAIN

Steven devant, Revanui juste derrière.
Ou l’inverse, on n’a jamais vraiment su.
Comme le Ricard et son glaçon,
tu les sépares pas, ni dans le verre, ni dans la vie.

COUPLET 2

Dans son jardin d’Arue y a un coq qui comprend rien.
Il chante à deux heures, il se croit le matin.
Steven se lève jamais, il sait que le jour viendra pas.
Deux veilleurs pour rien, qui s’éclairent dans le noir.
Le Cambodge l’appelle, les temples, les nuits sans heure.
Il revient les yeux pleins et la tête vidée de ce qu’il ne dira pas.
Revanui le regarde, elle sait sans demander.
Elle range les questions là où il range ses secrets.

COUPLET 3

Il vend le jour des chambres grandes comme des pays.
Le soir il sort le fromage qui coûte un bras et demi.
Celui qui pue si fort qu’on l’entend du portail.
Il le pose sur la table comme on pose une médaille.
Personne n’ose lui dire que ça coûte une fortune.
Lui il compte pas, c’est sa façon de causer.
Le seul gars qui dit je t’aime en tranches de camembert
et te ressert avant que t’aies fini la première.

REFRAIN

Steven devant, Revanui juste derrière.
Ou l’inverse, on n’a jamais vraiment su.
Comme le Ricard et son glaçon,
tu les sépares pas, ni dans le verre, ni dans la vie.

PONT

Un phare, ça éclaire tout le monde sauf soi-même.
Ça reste à quai pendant que les bateaux s’en vont.
T’as passé ta vie à allumer les autres.
Personne n’a pensé à te demander si t’avais chaud.

OUTRO

Alors ce soir on inverse.
C’est nous qui sortons le fromage.
C’est toi qu’on ressert.
T’as éclairé tout le monde pendant quarante ans avec ton crâne.
Ce soir on apporte nos lampes.
aire & Fête.

Mariage & Amour

La marée monte, les mariés aussi

OFFERT PAR : leurs amis, pour leur mariage. BRIEF : Pour Heirani & Thomas, rencontrés au Heiva quand il cherchait les toilettes et qu’elle dansait le ori tahiti. À METTRE EN PAROLES : Lyon, Tahiti, les erreurs d’accent, le poisson, le harpon, la belle-mère lyonnaise et le seul oui qu’il n’a pas raté. STYLE MUSICAL : comédie romantique, solaire, légère, avec un refrain qui sourit.

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INTRO

Il cherchait les toilettes.
Elle dansait le ori tahiti.
Heiva 2022, sous les étoiles de juillet.
Personne ne tombe amoureux en cherchant les toilettes.
Et pourtant.

COUPLET 1

Thomas est arrivé de Lyon avec trente kilos de fromage
et l’idée très française que le soleil c’est deux semaines en août.
Il repart pas.
Il dit mauruuru comme on dit merci dans un aéroport,
avec la bonne intention et le mauvais accent.
Trois ans plus tard, toujours pareil.
Elle a arrêté de corriger.
C’est peut-être ça, le premier oui.

REFRAIN

Il se trompe d’accent, il se trompe de porte
Il se trompe de poisson, de saison, de consonne
La marée monte, les mariés aussi
Le seul truc qu’il a pas raté, c’est de dire oui

COUPLET 2

Elle lui a appris le harpon.
Lui qui découpait son poisson en carré à Lyon,
le voilà dans le lagon à viser un perroquet
qui n’a jamais demandé à participer au dîner.
Christophe Colomb a découvert l’Amérique en cherchant les Indes.
Thomas a découvert le fenua en cherchant les toilettes.
L’histoire retient le premier.
Le deuxième a mieux mangé.

REFRAIN

Il se trompe d’accent, il se trompe de porte
Il se trompe de poisson, de saison, de consonne
La marée monte, les mariés aussi
Le seul truc qu’il a pas raté, c’est de dire oui

PONT

Sa mère a pris l’avion à soixante-deux ans.
Lyon, Paris, Los Angeles, Papeete.
Trente heures pour une femme
qui n’avait jamais dépassé Villeurbanne.
Elle est descendue à Faa’a avec ses chaussures fermées
et son gilet, en juin, sous trente degrés.
Elle a goûté le poisson cru. Elle a dit "c’est frais".
C’est pas un compliment, mais c’est pas un refus.
Chez une belle-mère lyonnaise, c’est presque une alliance.

REFRAIN FINAL

Il se trompe d’accent, il se trompe de porte
Il se trompe de poisson, de saison, de consonne
La marée monte, les mariés aussi
Le seul truc qu’il a pas raté, c’est de dire oui
Sur un motu où personne porte de chaussures,
les pieds dans l’eau, le discours dans la poche,
il a parlé trente secondes,
il a dit n’importe quoi,
c’était parfait.

OUTRO

Il cherchait les toilettes.
Il a trouvé les marées.
Les invités ont essayé de faire rimer Lyon et lagon.
Géographiquement discutable.
Conjugalement parfait.
Collez ici les paroles de l’extrait Mariage & Amour.

Famille & Naissance

Pour l'arrivée du bébé Mahina

OFFERT PAR : ses copines, pour la naissance de Mahina. BRIEF : Pour Vaihere, qui vient d’accoucher à la clinique Paofai de son premier bébé, une fille appelée Mahina. À METTRE EN PAROLES : le papa métro qui pleure, le berceau IKEA, la vis en trop, les taties, les tupperware, les coqs et le frigo qui déborde. STYLE MUSICAL : berceuse tendre, on reste ouvert à tout pour fêter l’arrivée de sa fille.

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INTRO

Mahina est née à l’aube.
Comme si elle avait choisi
le seul moment de la journée
où Papeete est encore calme
et où les coqs n’ont pas encore décidé
que tout le monde devait être au courant.
Elle a bien choisi.

COUPLET 1

Elle pèse trois kilos deux.
Elle tient dans un bras.
Et pourtant elle a déjà réorganisé
toute la maison, toutes les nuits,
et l’ordre entier des priorités.
Apollon conduisait le soleil à travers le ciel
avec un char et quatre chevaux blancs.
Mahina, elle, conduit ses parents
avec trois kilos deux et un cri.
Moins spectaculaire.
Beaucoup plus efficace.

REFRAIN

Mahina, t’as ouvert les yeux sur le fenua
Y’a plus que toi, le reste attendra
On t’a fait une place, t’as pris la maison entière
Et c’est très bien comme ça

COUPLET 2

Son père, il est métro.
Il connaissait pas les coqs à cinq heures du matin,
les taties qui débarquent sans prévenir
avec chacune un tupperware
et l’idée ferme que le frigo peut encore en prendre.
Il a pleuré en premier à la clinique Paofai.
Il voulait pas qu’on le sache.
Tout le monde l’a vu.
Personne a rien dit.
C’est ça aussi, le fenua,
on sait voir sans regarder.

REFRAIN

Mahina, t’as ouvert les yeux sur le fenua
Y’a plus que toi, le reste attendra
On t’a fait une place, t’as pris la maison entière
Et c’est très bien comme ça

PONT

Ils avaient monté le berceau la veille.
La notice disait deux heures.
Ils ont mis le double.
Il restait une vis.
Ils ont préféré pas chercher d’où elle venait.
Mahina dort dedans sans se plaindre.
Premier signe qu’elle est déjà plus sage qu’eux.
Et la vis, elle est toujours là.
Dans un tiroir, au cas où.
Ou peut-être qu’elle a jamais existé.
On saura jamais.

REFRAIN

Mahina, t’as ouvert les yeux sur le fenua
Y’a plus que toi, le reste attendra
On t’a fait une place, t’as pris la maison entière
Et c’est très bien comme ça

OUTRO

Ses copines ont essayé de résumer
ce que ça fait d’accueillir Mahina.
Poétiquement insuffisant.
Lunalement parfait.

Départ & Fenua

Départ en métropole de Noa

OFFERT PAR : ses copines, pour son départ en métropole. BRIEF : Pour Noa, qui quitte Tahiti pour bosser à Paris, entre Punaauia, l’hôtel à Papeete, PK13, PK0 et Miri au portail. À METTRE EN PAROLES : la valise, le monoï, le po’e, les paréos, le poisson cru, la mère au parking et le retour auquel tout le monde veut croire. STYLE MUSICAL : un peu parlé, ukulélé, légèrement nostalgique.

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INTRO

Sa valise pesait vingt trois kilos.
C’est la franchise autorisée.
Curieux qu’on appelle ça une franchise,
parce que franchement,
personne ici ne dit ce qu’il pense.

Dedans, du monoï, du po’e, trois paréos,
une paire de reef qui a vu plus de récifs que le catalogue,
et un tupperware de poisson cru glissé au fond.
"C’est léger", a dit sa mère.
Le poisson tiendra pas trois heures.
L’intention, elle, ne périme jamais.

COUPLET 1

PK13, c’est sa vague.
PK0, c’est le comptoir du vendredi.
À Paris on mesure en stations de métro.
Les deux sont des chiffres. Un seul a du sable.

La conversation tenait debout sur trois Hinano
et une philosophie de comptoir.
Maintenant elle tient sur deux.
La philosophie penche un peu.

Elle commandait toujours le même plat
en disant "cette fois je change".
Personne la croyait pour le plat.
Personne la croit pour le retour.

REFRAIN

On appelle ça un vol.
Un aller, un retour, une correspondance de justesse.
Mais la seule correspondance qui compte,
c’est celle qu’on n’a jamais eue
entre ce qu’on voulait dire au portique
et ce qu’on a dit.

COUPLET 2

Les tortues de Moorea traversent dix mille kilomètres.
Ni franchise bagage, ni escale à Auckland
avec un sandwich qui a connu de meilleurs jours que le passager.
Elles reviennent sans billet retour.
Sans pari. Sans Phileas Fogg.

Le fenua ne dit jamais "ne me quitte pas".
Il dit "tu reviendras".
C’est Brel qui avait tort. Le sable sait attendre.

PONT

Saint Exupéry était pilote.
Il savait que dans un vol,
le plus dur, c’est jamais le décollage.
C’est de savoir où se poser.

OUTRO

Sa mère l’a embrassée entre la sécurité et le duty free,
là où les sentiments et les parfums sont tous hors taxe.
Elle n’a pas pleuré.
Elle a attendu le parking.

Et Miri est au portail.
17h, c’est 17h.

Noa finit toujours par rentrer.

Entreprise & Collectif

Retraite de Marie-Claire

OFFERT PAR : son équipe, pour son pot de départ. BRIEF : Pour Marie-Claire, trente-quatre ans à l’état civil, entre naissances, mariages, décès et trois générations passées au guichet. À METTRE EN PAROLES : les dossiers incomplets, les post-it, les tampons, la patience, les secrets gardés et la mémoire humaine du service. STYLE MUSICAL : zouk de pot de départ, chaleureux, populaire, avec l’émotion qui arrive par le côté.

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INTRO

Trente quatre ans à l’état civil.
Marie Claire a signé les naissances,
les mariages, et les décès
de trois générations de familles.
Elle a commencé avec les parents.
Elle a fini avec les petits enfants.

COUPLET 1

Elle reconnaît les gens avant qu’ils parlent.
Elle voit arriver un dossier incomplet à dix mètres.
Elle sait qui va pleurer au guichet,
qui va s’énerver pour rien,
et qui va revenir trois fois
parce qu’il a oublié la photocopie.
Elle les corrige pas devant tout le monde.
Elle glisse un post it
avec exactement ce qu’il manque,
dans l’ordre, numéroté,
avec la photocopieuse du bas qui marche mieux.
Trente quatre ans de post its.
C’est un roman.

REFRAIN

Marie Claire s’en va, le guichet perd sa mémoire
Elle connaissait vos dossiers avant vous
De la naissance au mariage jusqu’à l’au revoir
Elle a tenu le fil de toutes vos histoires

COUPLET 2

Elle a vu des mariages heureux,
des mariages pressés,
et quelques mariages où les deux
regardaient ailleurs pendant la signature.
Elle a rien dit.
Le secret professionnel, c’est son deuxième prénom.
Son bureau c’est le seul de tout le bâtiment
où la climatisation marche vraiment,
où les stylos ont toujours de l’encre,
et où l’imprimante n’a jamais pris position.
Les autres bureaux se demandent encore comment.

REFRAIN

Marie Claire s’en va, le guichet perd sa mémoire
Elle connaissait vos dossiers avant vous
De la naissance au mariage jusqu’à l’au revoir
Elle a tenu le fil de toutes vos histoires

PONT

Un matin quelqu’un est venu
déclarer la naissance de son fils.
Elle a reconnu le père.
Elle avait signé son propre acte de naissance
trente ans avant.
Elle lui a rien dit.
Elle a juste écrit le prénom du petit
avec un peu plus d’application que d’habitude.

REFRAIN

Marie Claire s’en va, le guichet perd sa mémoire
Elle connaissait vos dossiers avant vous
De la naissance au mariage jusqu’à l’au revoir
Elle a tenu le fil de toutes vos histoires

OUTRO

Trente quatre ans de formulaires,
de tampons, de post its et de patience.
Administrativement classé.
Humainement irremplaçable.

Hommage & Souvenir

Pour un decès - "Nana Maman"

OFFERT PAR : ses enfants, pour lui dire nana. BRIEF : Pour leur mère partie, une femme qui parlait peu, mais faisait tout, se levait avant les autres et se couchait après. À METTRE EN PAROLES : le ma’a du dimanche, le taro, le uru, le poulet fāfā, les voisins, les bons morceaux gardés pour les autres et les mercis trop tardifs. STYLE MUSICAL : hommage chaud, sobre, sans violons faciles, comme une présence qui reste à table.

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INTRO

Ma mère parlait pas fort.
Elle agissait fort.
C’est pas pareil,
surtout maintenant que le silence
a pris toute la place qu’elle prenait jamais.

COUPLET 1

Elle se levait avant nous, se couchait après.
On a longtemps cru qu’elle dormait jamais.
Le dimanche c’était le ma’a,
taro, uru, poulet fafa, poisson cru,
y’avait toujours trop pour deux fois plus de monde.
Les voisins passaient sans prévenir
et elle avait déjà prévu qu’ils passeraient,
parce que chez nous « sans prévenir »
c’est le seul horaire que tout le monde respecte.

REFRAIN

Elle donnait sans jamais compter
Elle gardait ses larmes pour les couloirs
Elle a fait de nous des gens qui peuvent s’en aller
C’est son plus beau cadeau, et son pire cauchemar

COUPLET 2

Elle gardait les bons morceaux pour nous
en disant qu’elle aimait pas ça.
Le blanc de poulet, le dernier bout de po’e.
On l’a cru pendant vingt ans.
Personne au monde déteste autant
de bonnes choses pile au même moment.
Shéhérazade avait mille et une nuits.
Ma mère en avait dix mille
et elle les a toutes passées debout.

REFRAIN

Elle donnait sans jamais compter
Elle gardait ses larmes pour les couloirs
Elle a fait de nous des gens qui peuvent s’en aller
C’est son plus beau cadeau, et son pire cauchemar

PONT

Maintenant c’est moi qui garde les bons morceaux.
Hier mon fils m’a dit « je sais que c’est pas vrai, maman ».
Et j’ai entendu ma mère dans sa voix.
On transmet pas que les yeux.
On transmet aussi les façons de mentir par amour.

REFRAIN

Elle donnait sans jamais compter
Elle gardait ses larmes pour les couloirs
Elle a fait de nous des gens qui peuvent s’en aller
C’est son plus beau cadeau, et son pire cauchemar

OUTRO

Vingt ans de retard.
Mais ici le retard c’est la norme,
et les mercis se périment pas.